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Portrait : Cédric Simen, le constructeur de la première voiture «Made in Cameroon»

Cedric Simen, au volant de sa SM 237. Une fierté nationale ! Cedric Simen, au volant de sa SM 237. Une fierté nationale ! Le Monde Afrique

Sa célébrité s’étend  désormais bien au-delà des frontières camerounaises. Depuis près d’un mois, Cédric, 27 ans, connaît, pour ainsi dire son instant de gloire. Ce moment magique de reconnaissance internationale dont rêve chaque créateur. Concepteur d’un pick-up tout-terrain, l’exploit de ce jeune mécanicien basé à Bafoussam, région de l’Ouest Cameroun, est  unanimement salué.  Baptisé SM 237 (un nom tiré de son patronyme, Simen, et de l’indicatif téléphonique du Cameroun) les photos et vidéos du « bébé » de Cédric font le tour des réseaux sociaux. Roues à gente chromée, volant, tableau de bord, sièges en cuir, la petite voiture (deux-places) de l’ingénieur Simen suscite admiration et émotion.

Un succès planétaire le « bricoleur » a visiblement du mal à assumer. Du moins, pour l’instant. Interrogé par le journal… Le Monde, C. Simen n’en revient pas. « Je suis devenue une star. Sur Facebook, dans les rues, on m’interpelle, on me félicite, on m’embrasse avant la sempiternelle photo. Beaucoup me disent qu’ils sont fiers de moi. Je reçois des appels du Cameroun, du Bénin, de Côte d’Ivoire, de France, de Belgique… de partout ! ». En réalité, « moi je voulais juste réaliser mon rêve d’enfant, construire ma propre voiture et la conduire. ».

Cédric, le « rebelle »

Petit, Cédric Simen n’aimait pas l’école. Il séchait les cours pour aller chercher des bambous avec lesquels il fabriquait des véhicules qu’il offrait à ses amis à Bangangté, à 50 km au sud de Bafoussam. « J’inventais les modèles de mes rêves », se souvient celui qui se rendait régulièrement à l’atelier de tôlerie de son oncle pour l’observer travailler durant des heures. Surnommé « le rebelle » par ses parents, il abandonne quitte l’école au CM2 après son échec au certificat d’études primaires, pour apprendre la mécanique dans un garage auto.  
Là, le garçon fait des merveilles. Un jour, un inconnu de passage, ébloui par son talent, le prend sous son aile. « Il était mécanicien, responsable logistique d’une entreprise de travaux publics, précise Cédric Simen. Il m’a appris à dépanner des Caterpillar et autres gros engins. Ensemble, nous avons voyagé dans plusieurs localités de l’Ouest. » En 2008, lorsque la société ferme ses portes, il s’installe à son propre compte à Bafoussam.

Cédric Simen achète plusieurs voitures, les retravaille à sa manière en modifiant la suspension, en adaptant les roues… « J’avais toujours quelque chose à changer », sourit-il. En 2018, il se sent enfin prêt à réaliser son rêve d’enfant. Il a économisé 2,5 millions de francs CFA (environ 3 800 euros) et va créer sa propre automobile. Dans un clip du chanteur ivoirien Safarel Obiang, il a vu une voiture de plage qui lui a plu et décide d’en créer une du même style, « mais plus belle, plus résistante et capable de rouler sur des routes sablonneuses et montagneuses, dit-il. Je voulais une voiture tout-terrain ».

Au début, ses amis le traitaient de fou

Tout le monde le décourage. Ses amis le traitent de fou, d’inconscient, d’attardé, voire pire… Les membres de sa famille le supplient d’utiliser cet argent pour faire quelque chose de vraiment utile. Autour de lui, c’est la dissuasion générale. « Je ne croyais pas en lui, j’étais convaincu que son projet était du gaspillage inutile. Lorsque j’ai vu la coque du véhicule, j’étais sûr qu’il n’avancerait pas… Je me suis trompé », reconnaît Elvis Zemekel, un mécanicien proche de l’inventeur.

Avec l’unique et seul soutien de son épouse, Cédric Simen s’entête pourtant. Début novembre, il achète fer, tubes, tôles, baguettes de soudure, disques, tuyaux ; il monte, démonte, soude… sous les moqueries de ses proches. « Il rentrait frustré. Mais je l’ai toujours encouragé, car j’étais convaincue du talent de mon mari, se rappelle Vanessa Goumleu. C’était le plus grand et le plus vieux de ses rêves. Il est tellement passionné que je savais qu’il allait y arriver. »

Un mois et demi plus tard, la voiture roule dans les rues de Bafoussam. « J’ai entièrement conçu et fabriqué la coque. J’ai acheté certaines pièces originales comme le moteur, les amortisseurs, le volant. C’est une voiture qui peut être utilisée par tout le monde, les touristes comme les particuliers », souligne le fabriquant, qui n’a pas dit son dernier mot. Le nouveau rêve de Cédric Simen est de construire des véhicules neufs, peu chers et peu polluants. « Je modifie ma SM 237 tous les jours, confie-t-il. Je veux y installer un moteur électrique. Car la pollution est un handicap pour notre environnement et notre pays importe trop de voitures d’occasion, déjà très vieilles. »

Les automobilistes le félicitent à coups de klaxons

Cédric Simen aimerait bien travailler avec l’Etat, en qui il a confiance « malgré ses imperfections ». En attendant, il croule sous les propositions : des commandes du Cameroun, du Bénin et de Côte d’Ivoire, des sollicitations de partenaires étrangers qui proposent des moteurs électriques ou leurs services… Mais le garçon est méthodique. « D’abord je dépose le brevet de ma marque, ensuite je cherche des financements. J’ai des centaines de modèles de voitures que je pourrais fabriquer sur place pour beaucoup moins cher. Il y a une clientèle. Mais pour ça j’ai vraiment besoin de financements », assure-t-il en s’engageant dans les rues de Bafoussam au volant de son petit bolide.

Sur son passage, les conducteurs de motos-taxis et les autres automobilistes l’accompagnent et le félicitent à coups de klaxons. Dès qu’il se gare, une grappe d’admirateurs accourt. « Cette voiture ne laisse personne indifférent, c’est un peu la voiture du Cameroun », dit-il comme une évidence.  De quoi commencer 2019 au Cameroun sur une note d’optimisme.

Dernière modification le vendredi, 04 janvier 2019 13:55

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